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Le Journal de la Transat’

Le parcours

trace transat'

 

25 juin 2013

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6H00 TU

réveil… C’est le grand jour, celui du départ vers un autre ailleurs.

Derniers préparatifs comme rentrer l’annexe dans la cabine avant bâbord. Oui c’est lourd au petit matin.

D’autant que mon amour à justement mal au dos… Pas que au dos…

Hier veille de départ, nous mouillons à Elinkine pour faire notre sortie du territoire et aussi manger un bout au campement villageois de Luc. Avec comme objectif d’aller mouiller abrité dans un bolong au plus près de la sortie du fleuve en fin de journée.  Déjà 4 jours plus tôt j’avais craqué sur un steak tartare et de cet appétit culinaire est née une belle gastro comme on les aime ! Oui je sais, je l’avais cherché…  Aussi après avoir choisi le lieu de notre dernière nuit Africaine devant Nikine, nous nous sommes retrouvés tous les deux sur le trône et la vague supérieure pas très loin. Cool le riz poisson (caldou)…

A vrai dire, pas la grande forme pour ce départ, mais une motivation d’acier !!!

 

8h00

Moteur et en avant. 2500 tours sur le fleuve à contre-courant et à contre vent, ça donne un tout petit 3 Nœuds pendant 5 ou 6 heures même une fois en mer. Oui parce que depuis 1 mois et demi le vent est curieusement établit plein Ouest, et bien sûr nous allons plein Ouest…

Pas question de descendre au sud trop tôt et se retrouver dans le cône de départ de la ZIC (Zone Intertropicale de Convergence) au plus large près des côtes africaines. Il faut la traverser en théorie entre le 25 ème  et le 29ème méridien, là où elle est la plus mince. En prenant soin de laisser les rochers de St Pierre et St Paul à bâbord sous peine de descendre au sud à contre-courant.

Oui mais vent debout, on ne va pas faire 3 ou 4 jours de moteur, et aller au Nord c’est les îles du cap vert . Nous choisissons de mettre un peu de sud dans la route et nous envoyons un près très serré pour Papyrus avec 15 puis 20 Nds de vent et une mer pas vilaine. Si la mer n’est pas trop forte à contre, le rapport vitesse du vent et de Papyrus est presque de moitié, même chargés comme nous le sommes… A partir de 15 Nds de vents on obtient une vitesse comprise entre 6 et 8 Nds. 20 Nds de vent = 9 à 10 Nds route fond. Vraiment pas mal du tout. Enfin ceci est de la théorie, en pratique on joue la sécurité et le confort, alors les performances à tout prix, c’est pas pour nous petits marins bien seuls au milieu du grand bain. Mais quand on peut le faire sans trop de risques, c’est top !

 

26 juin 2013

06H00

Ce matin du 26 juin nous sommes toujours au près mais en ayant récupéré du cap vers l’Ouest. Pour ma part, on dirait que le système digestif c’est rétablit, mais c’est pas encore le cas pour Fred qui peine un peu.

Malgré un départ lent et délicat dans la passe de sortie du fleuve, nous avons parcourus 150 NM (1 mile nautique = 1852 m, donc 1Nd = 1852m/heure) dans une moyenne de 6,36 Nds.

 

03H00

Dernier cargo vu, il est passé près en coupant notre route à 1 NM m’a expliqué Fred.

 

08H00

Prise de météo iridium, c’est quand même le pied de disposer de cette ressource qui rassure tellement les marins que nous devenons jours après jours depuis 1 an. Petit SMS à Jef/Romain et Ludivine pour leur donner notre position. Que craignons-nous ? Simplement la naissance d’une onde tropicale qui peut dégénérer en cyclone dans ce secteur. Et ceci tout le temps que nous naviguerons du côté Nord de la ZIC.

 

10H00

On relâche notre ris, et merde ! Notre vieux génois se prend dans une barre de flèche, petite déchirure toujours au même endroit comme les autres fois. Quel con, j’ai voulu trop soulager pour border en déventant… C’est moche mais ça devrait tenir le temps de changer de génois dans le petit temps que nous allons traverser en fin de journée ou demain matin.

Ensuite, visite à Hugo le pilote. La mèche de safran est en deux parties et la liaison est faite par deux vis/écrous. Sauf que tout cela a 25 ans et que le jeu s’installe malgré tous les soins que j’y apporte. Si ça s’aggrave, je sortirais le poste à souder et là, pas de discussion… Enfin si je peux éviter… !!!

Puis un petit tour chez Freinck (le moteur). Avant de partir j’ai vidangé, changé le filtre à huile, le rotor de pompe à eau (impeller). Bizarre le niveau d’huile à la jauge a augmenté. Je procède donc à un prélèvement de la valeur d’un verre d’eau histoire de faire quelque chose sans prendre trop de risques. A surveiller... Peut-être est-ce l’huile en mouvement dans le carter qui induit cette  « hausse » sur la jauge ? Ouais, ben j’aime pas…

Heureusement qu’à la sortie de la chambre de Freinck, trempé de sueur, les dauphins foncent vers nous pour nous saluer. Instant de bonheur primaire…

 

14H00

Pas tranquille avec cette histoire de safran mal lié. Le safran c’est le gouvernail, on comprend l’importance d’un tel dispositif, sans gouvernail on ne dirige plus notre Papyrus qui ne cesse de nous surprendre par ses performances au près dans 15/20 Nds de vent. Mais justement dans ces allures, tout doit être précis…

Lumière !!! Merci mon Jef Motard du mas à St Victurnien !!! Tu te souviens, tu m’as donné tout un tas de sangles courtes à cliquer qui sont livrées avec les motos dans leurs emballages. J’ai pu avec  2 sangles inversées, appuyer et lier les secteurs de barre et de vérin les rendant solidaires et sans jeu.

Pourvu que cela tienne jusqu’au bout… J’y crois en tout cas et le pilote aussi, il cesse de corriger en permanence ce  « jeu dangereux », tout le monde y gagne, en tranquillité d’esprit et en consommation électrique sans parler d’une usure prématurée du moteur de vérin… Ouais… !!!

Je viens de fumer ma dernière clop… Merci Fabie pour la cigarette électronique, qui devrait m’aider à me sevrer de cette saloperie.

 

16H10

Gros train de grains, on prend 1 ris mais voilà la déchirure s’amplifie. Changer de génois maintenant, bof… Peut-être après les grains…

 

17H30

Changement génois ok … ça c’est fait, pas rien d’endrailler le génois dans le profurl (enrouleur) en mer avec 15 Nds de vent qui trainent…

 

19H00

ça y est, on y est. L’espèce de long et épais train de nuages gris nous a volé notre vent qui au final nous allait bien. Malgré ce près obtenu depuis le début en faisant du sud dans notre ouest, c’était pas si mal pour cette zone de convergence perturbée. Ce train donc nous a laissé un petit vent d’à peine 10 Nds mais cette fois pile poil dans notre route. Pas envie de prendre 50 degrés au Nord comme au sud pour toiler le bateau et faire au mieux 5 nœuds pas dans la bonne direction… Les puristes tireraient des bords, pour ma part je préfère attendre que le vent se rétablisse dans le secteur attendu de nord/ouest. Nous laissons cette perturbation s’éloigner de notre tribord et avançons 5 Nds au moteur dans une mer faite de plusieurs houles dont deux principales très longues de 3m de haut mini. Elles s’affrontent sous nos coques l’une venant du Nord et l’autre du Sud. Une belle bouilloire… ! La mer est un tapis sans forme, ça monte et ça descend mais pas en même temps. Ça donne la drôle d’impression d’explorer dans le désordre tous les angles que peu prendre le Trimaran. Quand j’étais jeune, on payait pour vomir dans le manège « casse gueule » à la foire, ben ici c’est pareil mais en plus long et c’est gratuit. J’espère avoir fait le bon choix, faudrait pas que ça dure trop longtemps. Moyen mais comme on dit, fallait partir plus tôt comme les autres. Bref, on ne refait pas l’histoire. Le positif, c’est que ma petite Femme s’est allongée pour sommeiller un peu avant la nuit, et qu’elle a l’air d’aller mieux. Ce soir après le riz blanc d’hier, c’est patate à l’eau !!! Ouais… !

 

23H00

La stratégie a payé, nous avons dépassé la bande de joyeux nuages et retrouvé le vent dans l’ouest nord/Ouest. Nouveau génois OK. Le bateau et la mer sont calmés, d’accord il y a peu de vent, 10 à 13 Nds mais on marche entre 5 et 6 quand même. Cool !!!

 

27 juin 2013

00H15

Bon le vent tient en direction mais il est faible 8, 9 Nds… On marche entre 3,5 et 5 peut-être. De toute façon pas pour longtemps si on en croît les gribs météo qui annoncent 5 Nds.

Bonne nouvelle pour Freinck, niveau d’huile ok bateau à plat, par contre je dois reconnaitre qu’après avoir cleané la cale en dessous de lui à Djilapao, de l’huile suinte du filtre à huile mais peut-être aussi d’ailleurs, affaire à suivre.

 

08H00

IL est du l’or du motor… Depuis 3H00 du mat le moteur appuie le peu de vent dans les voiles.

La moyenne de cette 2ème journée ne dépasse pas 143 NM.

Réveil douloureux pour mon corps perclus de courbatures. Les acrobaties de la veille ont payées. Cette nuit Fred a assuré plus que son temps, merci mon amour.

Nous sommes dans une mer longue toujours un peu croisée mais pas méchante. Le soleil réussi quand il peut à nous montrer le bout de son nez au milieu de montagnes de cumulus pour l’instant pas menaçantes.

 

10H00

Les prévisions météo sont décidément peu favorables. Le vent a chuté dans les 3 à 6 Nds au N/O. Décision prise de faire du sud/Ouest 210° au moteur pour rejoindre St Pierre et St Paul, toucher les alizés du sud/est. On dispose de 120 H de GO en marchant 5,5 Nds a 2000 tours et peut-être un petit courant. Bon tout cela n’est pas brillant, mais ne peut que s’améliorer. Restons positif… !

J’ai mis une ligne à l’eau…

 

12H00

Bon nous y voilà, il faut bien prendre une décision… Si nous continuons plutôt Ouest, nous restons piégés dans la ZIC pour mini 3 même 4 jours de moteur à 5 Nds. Alors nous descendons plein Sud 180° et espérons toucher les alizés dès demain vers 18H00, dixit prévisions grib. C’est nous, semble-t-il le meilleur choix… Alors on y croit, Ouais… !!!

Qui dit moteur dit énergie ! Alors une petite séance ciné n’est pas de refus d’autant qu’il pleut ! Chouette le bateau va être dessalé !

 

18H00

Tiens, voilà qu’une petite brise bien placée vient chatouiller notre secteur, pas un truc de fou mais on le prend quand même. Ça soulage le moteur et la consommation mais surtout ça fait du bien un peu de glisse en silence. Et puis on marche pareil entre 4 et 5 Nds.

 

19H30

C’est déjà fini le bateau s’arrête en panne de vent mais surprise, deux cachalots sont juste à notre bâbord à 20 mètres du flotteur !!! Viens vite voir mon amour, qui va beaucoup mieux entre parenthèses…

C’est vraiment fort ce sentiment de ne pas être seuls sur l’eau au milieu de nulle part !

Allez hop, TOP Moteur ! 2000 tours, 5 Nds et on continue notre descente au sud.

Cette nuit, je prends le premier « quart », et je pousse jusque 01H30. J’en profite pour bouquiner des notices. Manière de constater que malgré une longue préparation il existe encore des impasses dans les révisions mécaniques. Bien sûr les vidanges, filtres, courroies, impeller, niveau d’eau, enfin la totale quoi, et bien il existe encore des tas de trucs… Je me suis ensuite assis devant le moteur les oreilles en protection et j’ai pensé à la merveille qu’il représente, et surtout à la quantité de pannes possibles dans ce pot magique de technologie… J’avais un pote qui tenait un boite de location de matériel scénique, pour lui, chaque prestation relevait du miracle… Je pense à toi Patrick.

Et puis l’erreur est humaine, j’en ai fait encore une… Après avoir démarré le remplissage du réservoir journalier vers 22h00, j’en profite pour faire un tour en attendant au WC… Oui mais sur les WC on rêvasse… Oups ! j’atterris mais un poil en retard sur la pompe : du gas-oil commence tout juste à déborder… Sur le moteur bien chaud, bien sûr… ! Concert d’insultes of course, nettoyage etc… Tu parles de rêves, des cauchemars oui sur les conséquences… Bon c’est passé… Ouais !!!

 

28 juin 2013

07H00

Mon amour m’a laissé dormir jusqu’à 07H00 ce matin…  Il faut repenser nos quarts dans ce secteur où il n’y a personne… Nombreux sont les voyageurs qui n’en font plus en dehors des routes connues et logiques des cargos et des approches terrestres.

Freinck bourrine gentiment dans son coin et moi je vais me presser quelques oranges en admirant les images chaotiques et fantastiques que m’envoie le ciel, les nuages et la mer qui s’habillent lentement de soleil.

 

10h00

Petite séance d’étirements dans le cockpit. Le corps est endolori des séquences de winch, bien loin l’époque des gros bras de maçons !

 

12h00

Cargo Baku (165m de long) en vue faisant route au nord. Ça faisait bien 2 jours qu’on était seuls au monde !

 

19H00

Depuis 14H00 on a envoyé de la toile pour appuyer le moteur. Disons une moyenne de 7/8 Nds de vent, on a eu parfois jusqu’à 12/ 13 Nds dans notre prés sans changer notre cap au 200. Bien sûr j’ai tenté des trucs et des machins pour stopper le moteur, mais rien à faire la nouvelle météo nous confirme notre stratégie, rejoindre au plus tôt les Alizés que nous devrions atteindre demain en matinée. Encore une nuit de petit vent debout et puis c’est la glisse attendue… Notre arrivée dans les alizés devrait commencer par un prés serré pour continuer à descendre tout en faisant un peu d’ouest. Nous devons passer à l’Est de St Pierre et St Paul. Seulement à ce moment nous pourrons goûter au largue Alizéen qui fait rêver tous les marins en transat.

Sinon journée tranquille, dégustation de reliefs en tous genres entre vagues et nuages, lectures et  tours  de services techniques. Ça va bien, Ouais… !

Allez, je vous laisse pour une bonne douche, suivit d’un petit vin de noix glacé.. Pensées pour toi Majo…

Retour de douche au son de l’enrouleur de génois manœuvré par mon amour en solo. Yapud’vent !

Moteur à 2300 tours pour rester dans nos 5 Nds et quelques. Ah oui, j’oubliai, depuis ce matin nous luttons contre un courant d’1/2 Nds ou plus…

Fausse alerte, le vent est reviendu… On renvoi le génois… Encore des tours dans les bras… Juste j’imagine mieux la performance physique des coureurs des mers en solitaire, et faut voir ce qu’ils ont comme dimension de toile à se fader tout seul…
Oui mais ils sont plus costauds sportifs et c’est pas le même matos non plus !!!

OK faut s’y faire, c’est du moteur pour cette nuit encore.

Début de nuit qui commence avec des flashs orageux, et des grains en plein sur notre route. Pour la première fois nous les observons au radar.

 

grain sur le radar

Comme on ne sait pas ce que c’est, on contourne sagement ces gros tas d’eau. Nous allons enfin terminer de passer la ZIC sans être encore passé sous un déluge d’eau comme on en voit autour de nous depuis notre départ. Bon d’accord c’est pas fini… !

23H30 Toujours à 2000 Tours, on n’avance pas à plus de 4,3 Nds. Pas envie de forcer la machine qui ronronne parfaitement à ce régime. Dans 6 ou 7 heures on pourra peut-être l’envoyer se coucher. Peut-être…

 

29 juin 2013

00h50
Il y a des jours comme ça où le sommeil ne vient pas ! Ça fait 3 heures que je fais la crêpe… et cette foutue lessiveuse qui s’est remise en route avec le vent debout (en pleine poire) ! Bon je reprends mon quart plus tôt, espérant que Jb puisse profiter mieux que moi !

Depuis notre départ l’ambiance est cool, calme, pas de pression. Il faut dire que pour moi les 2 premiers jours ont été joyeusement accompagnés par le petit cadeau d’adieu africain. Depuis le temps que je ne voulais plus manger de riz et de poisson ! Je me suis donc concentrée sur mon estomac et mes intestins, avec quelques difficultés à rester à l’intérieur du bateau.
C’est très énervant de ne pouvoir assurer et de n’être qu’un malheureux complexe digestif en souffrance. Heureusement la mer est sympa avec nous ! Pour le moment nous n’avons pas à nous plaindre, quand je me rappelle les 30 heures de baston lors de la descente des Canaries vers Dakar… !
Ce départ s’annonce plus serein que les autres, je grandi, mon expérience de marin aussi. Toujours l’appréhension mais plus de peur réelle. La seule vraie hantise est que Jb passe à l’eau. Cela semble bête à dire mais c’est ainsi bien que nous nous astreignons à des processus de sécu : gilets, interdiction de sortir de la baignoire quand on est seul dehors…

L’immensité de l’Océan ne m’atteint plus de la même manière. C’est fou le temps que je passe à contempler la mer, le ciel. C’est si simple de laisser dériver ses pensées dans ce désert aquatique. Les paysages sont magiques, très colorés. JB se demandait cette après-midi si il y avait ces tableaux à terre ! Peut-être en montagne ? C’est certainement unique ces reflets sur la mer qui rayonnent au rythme des vagues ?!

 

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On parle parfois des voix de la mer, du chant des sirènes. Nous sommes tous deux d’accord : on entend des voix !!! Pas comme Jeanne ou parce qu’on a abusé du vin de noix de MaJo, non… C’est étrange, indéfinissable mais j’ai entendu comme des rires et des appels ! Mon Amour aussi, ça me rassure ! Pas vous ?

 

Une matinée bien remplie. Les alizés sont donc au rdv.

 

3H00

Fausse alerte, mis à la voile bâbord amure, il restait sur notre route encore quelques grosses machine thermique (cumulonimbus) qui se sont empressées de nous avaler nos alizés tant attendus. Remoteur, redusud.

 

6H00

Ça redémarre pour de bon. Bien toilé on attaque un prés alizéen. Mais rapidement ça forcit.

 

8h00

1 ris dans les voiles on continue notre route pas confort. Je décide de faire de l’ouest et de passer en prés bon plein presque petit largue pour nous soulager bateau et équipage. La route sera plus longue mais le confort avant tout… Enfin confort, tout est relatif quand l’engin ne veut pas ralentir et qu’il faut choquer encore et encore… La mer n’est pas monstrueuse mais elle se compose encore de deux houles contradictoires. On est en méditerranée…  La houle principale fait ses 4 m de haut et plus, l’espace entre les ondes est de 15 m à peine. Elle nous frappe à bâbord sans relâche. Sans compter les copines qui nous taquinent devant et tribord, joyeux mélange. Bon, si ça se trouve c’est normal, mais sans autre expérience nous n’en savons rien…

 

11H00

Réglage ok et bateau stabilisé, Fred voit un poisson qui saute au bout d’une de nos lignes !!

C’est un truc de forme longue comme un barracuda mais avec la peau d’un thon. Nous pensons un tazar. 80cm pour 5 ou 6 KG. Bref, débité et rapidement mis au frigo cette distraction est la bienvenue. Ça vaut bien un punch !


Balthazar le tazar

 

15H00

On est toujours dans une mer hachée et le vent ne faiblit pas, vu les prévisions grib, il doit petit à petit s’orienter sud-est et en l’accompagnant nous devrions à nouveau faire du sud avec notre prés bon plein puis au portant dans quelques jours… Et normalement mollir aussi…

C’est-à-dire 20/25 Nds au prés ça cogne dur, la même chose au portant c’est le pied…

Ah oui, c’est pas un coup de gueule, mais c’est quand même dingue que toutes les prévisions soient toujours en dessous. Quand on t’annonce 10 Nds, tu es certain d’avoir 15/ 20 et quand comme c’est le cas maintenant, on t’annonce 15, tu prends 20/25… Pourquoi ? Et c’est une règle que connaissent tous les voyageurs au long cour. Chacun te dira, rajoute 10 dans les prévisions, je ne voulais pas le croire il y a 1 an… Sûrement de vraies raisons très « professionnelles » nous échappent…


30 juin 2013 

09H00

Les petites missions du matin sont terminées : Dire bonjour à Hugo le pilote, Freinck le moteur qui sommeille depuis hier matin. Claquer deux pinoches aux sorties de l’ancien système de chauffage qui rentrait de l’eau dans la cale moteur depuis l’aile bâbord. Quand la vague tapait l’aile en dessous, ça pissait par les vieux échappements que j’ai viré définitivement maintenant.

On a relâché de la toile au lever du jour, le vent a mollit dans la nuit dans les 15 Nds. Et surtout la mer s‘est adoucie elle aussi et on a pu dormir… Ouais … !

On est toujours entre travers à la houle mais la mer du vent s’est adaptée. Tout est moins fatiguant à bord, même si on préférerait un bon portant plutôt que ce prés bon plein. Mais ne nous plaignons pas, on avance comme une bagnole sur une piste pourrie en faisant, sans forcer la machine, un petit 6,5 Nds.

 

17H00

Première petite panne de vent, mais bien sûr reste la houle et la mer croisée… ! Toujours plus drôle  le manège… Souhaitons que cela ne dure pas. Quoi qu’il en soit nous naviguons normalement dans 15 Nds, ce qui est peu, et pas suffisant pour permettre à Papyrus de survoler les petites crêtes agaçantes sans se faire secouer.

C’est marrant les idées reçues, à écouter tous les équipages qui ont goûté les transats, je ne reconnaît pas du tout les conditions tant attendues. Une houle longue espacée de 50 à 100m entre chaque onde, franche. Comme je l’écrivais plus haut, c’est vraiment une méditerranée courte, toute croisée et chiante que nous avons sous nos fesses. Si encore ça soufflait 20 Nds ! Enfin je me plains, vilain garçon jamais content… !

 

20H00

Presque… Coucher du soleil avec tous ses feux dans le ciel… On avance à 5,5 Nds dans 12 Nds de vent. Pas rapide mais constant.

 

1er juillet 2013 

08H00

Il suffisait de l’écrire hier, Neptune m’a entendu. La mer est mieux rangée depuis une bonne partie de la nuit. Les bouillons ont nettement cessé d’embêter la houle qui devient plus franche. Les mouvements du bateau sont devenus un peu plus prévisibles. Toujours le même vent d’une moyenne de 13Nds qui nous donne une SOG (speed over ground, vitesse de fond) de 6,5 Nds à ce moment-là. C’est mieux quand même. Bon faut pas rêver, les prévisions météo globales ne prévoient pas plus de 15 Nds sur l’ensemble du parcours. Alors les grandes vitesses, il faut pas y compter. Mais ce matin c’est cool, ce progrès de confort fait du bien.

Mon amour dort, il est bientôt 8H00 TU et le soleil pointe son nez à l’horizon on a maintenant une ½ heure de décalage avec le Sénégal. Nous prendrons la météo en décalage d’une heure maintenant. Peut-être aurons-nous des SMS ?!?

Toc toc toc ! y a quelqu’un ? Je sursaute forcément, en fait Fred ne dormait plus… Allez hop Iridium et connexion… A plus tard…

 

9H00

Météo confirmée, RAS tout va pour le mieux avec peut-être un 15 Nds annoncé donc 20 à 25…

 

11H00

A mi-parcours, c’est le moment de commencer à gérer notre dérive. Elle existe forcément surtout sur cette route en vent de travers. J’ai lancé un test à l’aide de 2 waypoints sur un cap demandé au 200° et un petit parcours de 36 NM. Relevé dans 5 H, 16H00 TU.

 

13H00

Claude Nougaro s’invite à bord, quelle merveille d’écriture et de puissance créative… Je ne connais pas d’Homme capable de m’envoyer autant d’émotions. Merci… ! Je pleure, je rie, je chante,  je suis en vie…  Et je bois aussi… A sa mémoire !


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« La poésie c’est mon dada et l’utopie mon topo, chante Don Quichotte et Sancho »   C.N.

 

14H30

on est pas seuls

On a un voisin, un petit bonjour par VHF. Cargo UAL Africa 180M X 20M fait route au 283° et va croiser la nôtre très près devant. Mon amour qui me dit : En même temps c’est dangereux mais imagine, t’as un problème t’es pas seul… Quelle drôle de vie, tu redoutes mais tu aimes. Bon le temps d’écrire, il est devant nous pile poil à 1,5NM autant dire très très près… ! Coucou copain !! Respect ! Tout est lent mais tous peux basculer très très vite…

 

14H50

Ici c’est magique, j’ai l’impression d’être au  moulin à écouter la musique sur les Triangle. Quel pied ! Je vous embrasse Ludivine et Marc qui avait pris la relève dans cette maison, je vous souhaites le plus beau… Nous on fonce à plus de huit Nds sans souffrance le prés c’est adouci en petit largue, bateau à plat c’est bon…

 

15H00

En avance sur l’horaire, voilà c’est donc ça notre Papyrus, la mer est modérée et 15/16 Nds de vent au petit largue nous propulsent au-dessus de 8 Nds et on avale la jolie houle tranquillement. Constat, nous avons le bon rattrapage de dérive et nous sommes sur le WP test à 2 degrés prés. Pas touche à la dérive, celle du bateau pas celle de notre trajectoire, que j’ai enfoncée à 1/3 de sa profondeur seulement.

Tous les fumeurs vous le diront, l’alcool excite au max l’envie de fumer. Et vous l’avez compris je me lâche, oui c’est comme ça aujourd’hui… Punch après punch, Claude N et moi on est à fond ! Alors message à tous les fumeurs : La e-cigarette c’est un vrai moyen de se sevrer. Enfin en même temps j’ai pas le choix vu que je n’ai plus de clops à bord !!!

Quelques heures plus tard. Vivre avant d’avoir vécu, comment expliquer tout ça, tout ça la vie… Dire à nos enfants comment tout est beaucoup plus simple.

 

Quelle belle journée que ce premier jour de juillet. Mon Amour s’est allumé au rythme des mots de Nougaro tout au long de cette après-midi musicale et poétique. Pour ma part, mon estomac n’est pas assez marin alors je me suis saoulée de vent et de soleil !

 

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Je commence à toucher du bout des doigts ce que ressentent les marins au long court. De là à passer des mois en mer… Comme cet homme resté 1000 jours en atlantique et qui a fait des traces GPS en forme de cœur et de baleine… Non je ne crois pas, enfin je suis quasi sûre que ce n’est pas pour moi ! Mais quand même, quelle magie tous les jours cet océan ! La vie n’a rien à voir avec quoi que ce soit d’autre que je connaisse. Un oiseau blanc tournoie autour de Papyrus quelques minutes. Des bancs de poissons volants prennent régulièrement les airs à notre passage pour quelques mètres. En fait tout est un petit bonheur supplémentaire, cadeau à saisir des yeux. Sentiment de vie pure.
Bien sûr j’ai eu quelques frayeurs lors de nos premières traversées et j’en aurais encore certainement d’autres, mais aujourd’hui c’est la sérénité qui prime. Apprécier le moment présent. C’est étrange comme cet éloignement me rapproche en pensées des êtres qui me sont chers.
« Il y a trois sortes d’homme : les vivants, les morts et les marins » Aristote
De me trouver du côté de cette troisième catégorie appelle ma conscience vers les deux premières. Beaucoup d’instants sont tournés vers elles.

 

2 juillet 2013 

04H00

Ah ben oui, tout à un prix. Forcément ça fait mal aux cheveux… Mais pas de regrets, c’est vraiment une belle journée.

Depuis le début de la nuit, nous tentons de trouver le bon compromis entre cap pilote et dérive. Le bateau taquine les 9 Nds et ça cogne pas mal. Le vent a forci juste assez pour imposer 1 ris qui nous donne encore une allure autour de 7 Nds. Là-dessus nous sommes travers au courant et au vent, toujours au prés. Pour 180° demandé, on oscille entre 206/7 et 201° de résultat, en fonction de ce qu’on enfonce comme dérive dans l’eau. Mais la dérive sortie à fond « clongue » dans son puits. Pourtant nous n’avons pas ménagé nos efforts lors des travaux à Port St Louis. Rien à faire, celle-ci bouge encore sur son axe en émettant un sale son sourd dans les mouvements imposés au saut des vagues de travers. Le tout étant d’évaluer la limite acceptable. Alors je test…  A cette heure, ça clongue mais on fait le bon cap théorique qui devra dans 3 jours nous amener vent arrière sur le dernier segment de route. Il faut l’entamer très au large pour éviter de se faire dévier trop tôt par le fort courant littoral qui longe la cote du  Brésil.

 

09H00  

20 Nds plus au près avec deux ris, on ne descend pas en dessous de 7Nds. J’ai laissé seulement 1/3 de dérive sortie, ça ressemble à la matinée du 29 juin. Je ne sais pas pour les monos mais nous, j’ai vraiment l’impression de nous faire démonter. Vraiment une allure pénible. C’est tellement bruyant à l’intérieur que je ne sais pas si la dérive « clongue » encore, sûrement… Pour écrire, j’ai les jambes bloquées sous la table pour pouvoir garder les doigts sur le clavier…

 

9H40

Décision prise de mettre de l’ouest dans la route et naviguer au petit largue. C’est plus confortable immédiatement. Avec toujours 20 Nds on file 8Nds +. J’espère avoir bien interprété les instructions de Jimmy Cornell (Routes de grande croisière) quand à l’interprétation du sens des courants dans cette saison qui n’est pas la bonne.

Bon je viens de choquer les deux voiles pour nous ralentir un peu. En fait de 8Nds, c’était plutôt 9 Nds. On a retrouvé du confort en gardant de la vitesse. Le compromis semble bon. Attention à bien gérer notre dérive.


16h41

Passage de l’équateur. Un peu comme un mythe, Papyrus a franchi cette ligne invisible. Première pour nous. Nous sommes censés la franchir une nouvelle fois dans quelques mois en sens inverse quand nous ferons route vers les Antilles.

 

20H30

C’est la nuit, même au sud dis donc ! Belle allure avec la vague qui vient 1/3 arrière bâbord.

1 ris dans le génois et 2 dans la GV, c’est une formule à retenir avec un angle de vent dans les 100° à 120°. Le bateau joue son mouvement calmement à plat et on marche 7/8Nds. C’est bon après la nuit et la matinée de près. Je pense que cette nuit nous allons dormir… Ouais !!!

 

03 juillet 13

4h54

Mmmm ! 3 heures de sommeil profond, quel pied ! C’est bon ! Depuis deux jours l’allure et le bruit m’octroyaient un sommeil perturbé. Mais là j’ai eu droit au paquet cadeau avec rêves et tout le toutim ! Trop bon !
Nous étions partis 3 jours après la pleine lune, aujourd’hui ses derniers quartiers montent tard dans la nuit. A la fin de la semaine ce sera lune noire. L’astre est d’une agréable compagnie qui éclaire les ondes et, comme le soleil, apporte de la chaleur dans les heures sombres.
Huit jours de navigation ! La dernière pluie remonte à 4 ou 5 jours et le bateau est bien salé, l’atmosphère marin chargée d’humidité. Tout est poisseux de sel. Une bonne séance de ménage ne sera pas inopportune à notre arrivée, quant à la lessive… C’est un grand classique : il est impossible d’avoir du linge sec comme à la maison. La fraîcheur d’un lit tout propre et soyeux… Snif !

 

08H00

Quelle nuit ! j’ai dormi deux fois 3 heures à point fermé. Papyrus s’entend à merveille avec ce petit vent stable de 10 / 15 Nds qui nous pousse toujours vers le sud. Petite mer, petit vent, ça fait chuter notre moyenne déjà légère avec ces trois jours de pot au noir du début. Mais comme on s’en fout, on ne fait pas la course. Et puis avec qui ?!? Les Cargos sont pas joueurs et les poissons on n’insiste pas, à vouloir jouer avec le bateau  ils finissent tout seul sur le pont… Le poisson volant est joueur mais imprudent…

Poisson volant

 

12H00

Coïncidences  ou pas, ça fait deux contacts radio navires, un cargo ENERGY IVY qui passe à 1,5 NM de nous autant dire très près… Et je viens de discuter avec un navire à « restrictive manoeuvrability » le MONTALVO. Venant du Portugal vers le Brésil à 5Nds de moyenne… C’est quoi cet engin aussi lent qu’un voilier ? A y regarder de près aux jumelles, on aperçois maintenant un groupe de navires composé de deux « petits » (38mx10m pour le Montalvo) et un énorme machin gris, plateforme ou ville flottante ?!?... Militaires, civils ??? Toujours est-il qu’il leur reste 11 jours de navigation pour leur destination. L’opérateur ne m’a pas expliqué clairement qui ils sont, mais c’était tout à fait sympa et courtois, à la fin nous avons même discuté en Français. Allez comme ils viennent lentement sur notre tribord, peut-être dans 1 heure on distinguera mieux nos voisins…

 

16H30

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Ça fait maintenant 2H30 que nous sommes sous spi + GV et c’est comment dire… Le pied !!! Papyrus à plat qui déboule sans forcer dans les 8 Nds… Bon c’est vrai qu’au moment d’envoyer le spi, il y a de l’adrénaline et du biscoto pour seulement 2 équipiers à bord, mais quelle récompense. Les Alizés nous arrivent dans 140° bâbord, la houle de deux mètres nous cueille encore un peu de travers, je dirais dans les 100° bâbord pour un calme à bord sans comparaison avec n’importe quelle allure. On envoie modestement 210 M2 de toile, pour un bateau de croisière familiale, c’est pas mal !!! Hugo travaille un peu plus, et je suis certain qu’il appréciera la nuit quand nous aurons troqué le génois à la place du spi. Pour mémo et en l’état, sous voiles classique GV/Génois le temps de réponse est réglé sur 1, avec le spi sur 2. Le pilote raymarine possède une échelle allant de 1 à 9.

 

04 juil. 2013  

00H40

Bon mon amour qu’est-ce qu’on fait, on le garde pour la nuit ce spi ? Ça c’est vers 19H30 à la tombée du jour… Le vent paresse parfois dans 8 Nds et pointe à peine à 11Nds… Si on repasse sur le génois, on va avancer à 3Nds… Bon allez, faisons comme d’habitude l’inverse de ce que nous nous étions promis ! On le garde !!!

C’est vrai que tout va bien, et s’il le faut nous nous sentons vraiment capable d’affaler quand il le faudra. Alors… Passent les premières heures, Fred est en quart et moi je ne dors pas…  Trop de nouveaux sons, trop de sensations différentes… Bref c’est comme ça, je ne suis pas tranquille… Toute ma raison me pousse à me dire que ça roule, et que tout est en positif, rien à faire… Il me manque cette nouvelle expérience, je l’aurais dans quelques heures au lever du jour. La nuit n’est pas l’amie de l’homme, les vieilles peurs ancestrales resurgissent, je n’ai pas oublié mon état animal d’origine…

 

4h20

« Mon Amour… il faut te réveiller… «   ET hop, pendant que je saute du lit, JB m’explique qu’il n’y a plus de vent, que 2 grains sont en approche (ils s’avérerons moins dangereux qu’un pipi de grenouille !) et qu’il faut affaler le Spi. La tête dans le coton pendant 2 minutes, lampe frontale sur le chef, gants en main… allez, la brise accélère le réveil ! Chacun à son poste et c’est parti pour un affalage de spi de nuit, un cas d’école. Et comme ça se passe bien on est pas peu fier ! Mine de rien ça en fait des bouts à choquer, des voiles à brasser et d’autres à hisser.
Une heure plus tard tout est de nouveau tranquille, nous sommes sur la version classique grand-voile et génois au largue. Jb peut aller dormir du sommeil du juste !

 

8h40

Les oiseaux se font plus présents. On sent l’approche de la terre… nous sommes à 150 miles de l’archipel Fernando de Noronha. Je viens de tenter de filmer un chasseur au lever du soleil, joli spectacle pour débuter cette journée, ou terminer cette nuit !

 

10H00

C’est pas sur ce coup là qu’on battra notre moyenne journalière…  Les Alizés nous envoient un petit 10 / 12 Nds… Ben on va quand même essayer de faire 6 Nds, et pis c’est tout… !!! Nan… !!!

 

5 juil. 2013 

00H10 

Mou, c’est mou…  On se traine depuis + de 12H . C’est ce petit vent qui fait du yoyo entre 6 et 11 Nds. Et pour couronner l’histoire  il change de secteur avec une amplitude de plus de 40°, l’espiègle !!!

Comme de toute façon on ne passait pas la nuit sans charger en énergie, mon amour a décidé de confier la mission à Freinck et son alternateur 24V, plutôt qu’au groupe. Du coup on avance 6 Nds réels et continus. Il nous reste plus de 300 L de gas-oil alors pourquoi se gêner…

La lune est noire et le ciel nous dévoile ses milliards d’étoiles. La voie lactée a jeté sa formidable arche au-dessus de nos humbles existences. Place au spectacle…

 

09H00

Après une nuit au moteur chahutés par la houle, nous sommes sous voiles à 4,5 Nds… (au mieux). Le bateau n’ayant pas de vitesse est en mode lessiveuse. Espérons en programme court lingerie fine !!! D’après les nouveaux gribs, on devrait toucher 14Nds à partir de 12H00… Espoir… !

Ça fait plaisir d’avoir reçu un SMS de mon Romain. Merci mon gars ! Les activités à bord sont restreintes alors, tout ce qui arrive c’est bon et ça casse la monotonie.  A part régler la navigation, c’est essentiellement regarder la mer, lire, et manger. On mange peu, normal chez Fred mais chez moi c’est curieux. Tant mieux pour ma santé. Alors place à la réflexion et la gamberge… ! Qui suis-je, où vais-je, dans quelle étagère …???

Allez, c’est Fabie cette fois qui nous suit sur google map ! Cool !!!

 

10H30

J’ose à peine le dire ou même le penser, on touche 12/13 Nds… Oui oui !!! je sais c’est beaucoup pour des Alizées... Ah ah ah…  Peut-être qu’Eol a le dos tourné et que le vent nous fait ce petit cadeau qui nous pousse dans nos 6 Nds ! Affaire à suivre…

Il y a un vrai kiff à longer les grains, tu prends d’un coup 20/22 Nds et Papyrus trace ces 9 Nds voir plus ! Tu touches à rien, juste tu vis l’instant, en plus ça crache de l’eau et ça dessale le pont. Le bateau cesse d’être bousculé par les vagues et c’est même presque  le confort… L’impression de voler sur les crêtes… Déjà 30 mn dans l’action !!! oui je sais ça ne va pas durer, mais on prend.

Sous les averses visibilité réduite, voilà qu’un cargo « WARNOW MOON » se pointe en route de collision parfaite… On effectue un petit 10° de sécurité de correction de route… Magie de l’AIS et du radar, on t’a à l’œil quand même gros pépère !!! Ce sera tout près quand même…

 

13H00

Qu’est-ce qu’on mange mon amour, des pates ça te va ? Je fais chauffer de l’eau et je jette les pattes. En parlant de jeter… un œil sur les instruments, que vois-je : 26 Nds de vent et 9,5 Nds de vitesse !!! Je sors pour choquer et là… Putain j’ai laissé un barber sur le génois. Vite j’attrape mon harnais et je vais le faire sauter. J’ai beau choquer, ça ralentit pas et la mer se forme très rapidement. Allez vite, on prend un ris dans la GV et 2 dans le génois. On file toujours mais c’est moins cassant. On est devenu un vrai équipage, chacun son rôle, on est serein. Nez au vent et à la vague, c’est pourtant impressionnant après « la croisière s’amuse » de ces derniers jours. Même plus peur !!!

C’est toute la beauté et tout le danger du trimaran. La faible gite de ce navire ne t’indique pas les surventes. Sous ce dernier grain on a enregistré 30 Nds plus rafales, gentil Papyrus qui certainement aurait tenu l’effort. Bilan, double erreur sans conséquence sinon que de l’expérience encore.
1 Penser à ôter les barbers dès que le vent revient et gonfle les voiles naturellement.
2 Il faut prendre 1 ris dès que les prémices d’accélération se sentent alentour le grain. Et pas kiffer béatement les jolis runs que nous offre Papyrus.
Et puis merde, un peu de vigilance quoi !?!

 

15H45

Bon les dés sont jetés, on arrivera pas demain dans 24H. Il faudrait avaler 200 NM pour atterrir avant la tombée de la nuit. Donc ce sera pour dimanche matin. Il faut plutôt ralentir pour ne pas arriver avant le lever du jour. On garde un ris et on voit. Tout est modifié par cette perturbation en cours, un coup on est vent arrière et comme maintenant au près…  Aller, terminons cette histoire entre 5 et 6 Nds, c’est limite pour surfer ces grosses lames de travers parfois de plus 4 ou 5 mètres, mais ça passe quand même un peu secoué. Si on fait une moyenne de 6 Nds on arrive à 1H00 du mat, Si on fait 5 Nds on arrive à 8H00 du mat. En fait on a pas le choix. Je vais aller choquer un peu pour passer des 6 et quelques en cours à 5.

 

21H00

Les prévisions ne sont pas une science exacte…  Depuis ma dernière estimation d’atterrissage, nous sommes en vent arrière, et sous génois seul on file dans les 7 Nds en moyenne. Entre grains et  clair, nous nous dirigeons vers une arrivée demain en fin de journée. Restera à prendre la décision en fonction de notre feeling d’embouquer le chenal peut-être en début de soirée et de piocher en terre Brésilienne juste derrière la jetée au début du Rio. Faut voir si cette allure est possible jusque-là…

En attendant, il faut dormir. Fred s’est peu reposée ces derniers jours et j’espère qu’elle pourra prendre au moins 3 heures de vrai sommeil. Pour l’heure elle est allongée et j’espère qu’elle ne comptera pas trop longtemps les moutons… Les quarts de cette nuit sont sérieux, plus on approche des côtes plus nous devrions commencer à rencontrer des bateaux de pêche en plus des cargos.

 

22h30

 Le sommeil non plus n’est pas une science exacte… aussi trop de fatigue tue la fatigue… ou encore une excitation naissante à l’approche de la terre… bref, j’ai envoyé JB prendre ma place au lit ! Qu’il y en ai un de nous deux qui dorme au moins et mon Amour n’a en général pas de mal à rejoindre Morphée !

Cette croisière amorce sur les chapeaux de roues sa dernière ligne droite ! C’est très plaisant de savoir la fin à portée d’une poignée d’heures et en même temps le temps ne m’a pas paru trop long !
Les jours se sont succédés sans se ressembler, les nuits jamais égales.
Des jours de remise en route, des jours de « voileux » ponctuées de multiples manœuvres, des jours de vacanciers à bouquiner…. Des nuits calmes à somnoler entre les lignes, des nuits agitées au bon vouloir du grand huit…
Nous avons grandi en tant que marins, c’est vrai nous formons un équipage. Nos manœuvres sont plus précises, plus rodées et sereines. Chacun a sa place en toute tranquillité !

 

06 juillet 13 

08H00

Quelle nuit !!! Ça n’a pas cessé, on enchaîne grain sur grain. Dans toutes les allures on passe de 5 à 35Nds d’un coup…. Il faut bien l’avouer, c’est épuisant ! Tu crois toujours que c’est le dernier, et ça n’en finit pas. Il faut réduire, relâcher, réduire etc… En fait nous sommes persuadés qu’on en tient jusqu’au bout même si les gribs nous disent le contraire. Pas drôle, du coup je vais me presser quelques oranges et me faire un thé.

 

9H40

1Heure que le vent refuse… Orienté au Nord/Ouest on est au moteur à 5 Nds. Il faut patienter parfois plus d'1 heure avant qu'un grain ne relâche son emprise sur les Alizés. Alors tu fais tous les secteurs. C'est selon, ou tu te sens l'envie de mordre, ou tu mets au moteur.... A la voile tu vas plus vite mais tu moulines des biscotos, au moteur tu vas moins vite mais tu t'épargnes.

 

16H30

Cargo à tribord vu sur l'AIS, route de collision franche et sans visibilité. Même en accélérant, c'est difficile de dire si on passe devant la route du cargo. Alors il faut ralentir. Oui mais dans 25 Nds, Papyrus refuse. Stress et bon je décide de stopper. Je demande à Fred d'en informer le cargo mais pas de réponse... Par sécurité j'engage un 180° et on attend sous des trombes d'eau. 1 heure de perdue qui ne serais pas de trop pour atterrir devant le chenal de jour. Aller, cargo en visuel et tout près, on peut repartir.

 

A 20NM des cotes j’ai allumé la radio, et sur la FM ça s’est mis à jouer le Brésil !!! J’ai bien pensé à toi mon Papa qui m’avait raconté les approches en ton temps sur la Jeanne d’Arc quand tu étais tout jeune. La joie que vous aviez en recevant les premiers contacts avec la vie terrestre.

 

19H30

Terre !!! Malgré le temps couvert nous venons d’apercevoir pour la première fois la terre a 15 NM… Pour l’heure nous jouons encore avec les grains et dans 2 heures nous serons à l’entrée du chenal. Papyrus glisse sous deux ris ses 7,5 / 8 Nds constant dans une mer beaucoup moins formée. Le plateau continental est remonté dans les 40 m et la grande houle n’est plus de la partie.
Donc ça a été l'option grain jusqu'au bout ! Les dernières clartés du jour nous sont volées par un train, non des montagnes de grains qui couvrent tout jusqu'à la cote. Et c'est nuit avant la nuit... Fred est sur la route virtuelle et moi à la barre sous la douche.

Nous conservons en mémoire les amers reconnaissables entrevus avant la coupure de lumière et c'est parti pour des ronds dans l'eau à 2 NM du chenal. Encore 1 heure de perdue sur la tombée du jour...

1 Cargo très lumineux au mouillage nous fait un solide repère en plus des GPS.

OK, fin du déluge on y va de nuit ! Plus question de dormir en mer si près du calme à l'abri dans le Rio.

Amour, quelle route ?

- 247° 

- T'es sûre ?

-Ben oui, enfin la carte sur l'ordi et les 2 autres GPS le disent.

- Oui mais moi je vois le grand bâtiment qui me dit 20 ° sur tribord... et toujours pas les bouées du chenal...

Bref c'est le vilain doute qui s’installe dans nos esprits fatigués. Et puis ceci et puis cela... Et c'est la merde... Je nous dirige vers le cargo mouillé à la recherche de la bouée verte n°1. Je la pense dans ce coin là... Et puis un coup d’œil à bâbord et ça y est, elle est là, je la voie... Ouf ! Bref les machines avaient raison, le bâtiment n'était pas l'amer à suivre et dans des esprits fatigués la confusion fait vite son chemin. C'est le cul un peu serré que l'on s'engage dans ce chenal fait de bouées lumineuses à peine visibles voir absentes dans les lumières de la ville en second plan... Carrément flippant les approches de nuit. Reste à faire les 2 NM dans le noir de l'estuaire et plouf Fafa notre fidèle ancre nous raccorde à la terre pour de vrai heures de sommeil d'un seul coup. On y est ! On l'a fait et on s'aime... Demain sera une autre aventure dans ce nouvel espace que l'on devine déjà différent.

Nous avons levé l'ancre au Sénégal il y a 11 jours et 16 heures.

 

Une Transat', ça s'arrose au Dompérignon

 

Barbara, Jean-Luc, depuis 2 ans qu’il attend… Ce soir on sabre le Dompérignon !

 

 

Notre traversée en quelques chiffres

1700 miles parcourus
11 jours 16 heures
250 litres d’eau : on a pris une douche tous les jours, parfois 2… quel confort !
300 litres de Gas-oil : sortie de Casamance contre vent et courant, 2,5 jours de pot au noir, assistance au manœuvre, Groupe électrogène… quel confort !
1 Tazar péché : on avait pas très faim… En même temps 5 ou 6 kg transformés en darnes, tartare, rillettes, nous ont alimentés durant 3 jours .
1 bouteille de rhum : merci Claude Nougaro !
0,5 bouteille de vin de noix : merci Majo !
10 kg d’orange pour le jus pressé matinal du capitaine.
40 litres d’eau bus, il faut bien mouiller le rhum aussi !
2 crans de ceinture en moins : 1 chacun ! ça va très vite revenir ;(
1 dizaine de boites de conserve : surtout du pâté pour aller avec le rhum !
1 soirée film : c’est sympa mais on n’a pas récidivé, se mettre dans une autre histoire que celle de la navigation fait vraiment trop peur, les sens sont perturbés, surtout la nuit où seules les oreilles fonctionnent.
5 bouquins lus
8 bouquins marinisés : y’a encore des micro fuites sur nos hublots et on a beau les déplacer, ils sont toujours sous les fuites !
2 cachalots curieux venus zyeuter l’étrange maison sur l’eau.
1 troupeau de petits dauphins (1m environ).
1 papillon : là je doute qu’il ait survécu à la transat.
1 dizaine  de poissons volants échoués sur le pont et sauvés.
1 dizaine  de poissons volants échoués sur le pont… mais là on les a vus trop tard, désolé !
5 mètres : hauteur des vagues les plus hautes sur lesquelles nous avons surfé
35 nds de vent : vitesse maxi vue sous un grain.
9,6 nds : vitesse maxi du bateau enregistrée au portant. Nous avons été très raisonnables et avons bien suivi le conseil de notre copain Laurent : « Qui va doucement va loin ! », même si l’envie de faire des petites pointes se fait ressentir, nous ne sommes pas en régate !
36 heures (les dernières) au cour desquelles de multiples grains ont déversés des litres d’eau en pagaille lavant ainsi les voiles et le pont, merci parce-que là j’ai bien envie d’aller dormir 24 heures avant de me transformer en fée du logis !

 

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