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Guyane 22/12/2011-1/01/2012

28 Janvier 2012 , Rédigé par a bord de papyrus Publié dans #2012

Accéder à l'album photos grâce au lien suivant :

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Mi-novembre Madame Air France appelle JB :

« M. Gosse vous disposez de 83 000 miles à utiliser avant le 31 janvier 2012… »

« Ah bon ??? »

L’Asie nous semblait un bon choix, presque certains de ne pas mouiller l’ancre de Papyrus du côté de la Chine ou de l’ex Indochine, mais nos billets cadeau ne nous le permettaient pas et il faut bien l’avouer, nous avons été un peu légers côté organisation.

Voilà comment le 11 décembre, au détour d’une page web, la destination Cayenne nous est tombée dessus : autant dire que nous n’avons pas préparé du tout ce petit périple !

 

Le voyage aller comportant une escale à Fort de France (Martinique), nous usons de l’hospitalité d’Edwige et François. Après avoir parcouru l’ile dans tous les sens depuis 2 mois, ils viennent de trouver un océanis 390, rebaptisé bien justement par leurs soins « Téou ».

Il y a des rencontres comme ça qui sont simples, chaleureuses, humaines : merci ! On se retrouve dans un an…

 

Nous arrivons le 23 décembre en fin de matinée à Rochambeau (Guyane). Taxi obligatoire pour Cayenne. Nous allons très vite nous rendre à l’évidence, pour bouger en Guyane, il faut une voiture. Pas la peine de compter sur les bus ou autre taxis collectifs, les départs se font une fois le véhicule plein et à un coût pas vraiment intéressant.

Cayenne est une ville rectiligne, comme la plupart des villes guyanaises.

Les rues sont désertes entre 12h et 16h, et nous découvrons une sorte de ville fantôme qui attend un peu de fraicheur pour reprendre vie !

Et quand Cayenne sort de sa sieste, chacun le fait savoir : les commerçants se livrent à un bras de fer musical. C’est à celui qui expose les plus grosses enceintes sur le trottoir, et évidemment, celui qui fait le plus de bruit.

En cette période de fêtes, les rues sont pleines, course aux cadeaux ici aussi ; dans un resto chinois, préparation des canards laqués, sans oublier le Père Noël.

La nuit tombe et les brasseries se remplissent : l’heure du ti’punch a sonné !

 

Le 24, nous prenons la route de St Georges de l’Oyapock, décision est prise de réveillonner au Brésil. Les routes sont bonnes et c’est un trajet confortable que nous entamons. Un petit détour par Cacao (ville que le loueur de voiture nous à conseillée) sous la pluie. Le village Hmong est désert ou presque, ce ne sera pas le cas demain, car tous les dimanches c’est la fête. Folklore hmong, marché et restauration, Cacao est organisée autour de cette manne dominicale.

Nous en ferons la triste expérience en revenant déjeuner demain midi… les attrapes touristes ne sont vraiment pas notre tasse de thé !

Sur la route nous découvrons la forêt : on en reste bouche baie. Immense, majestueuse, intrigante, dense… la forêt est partout dès que l’homme cesse de la tailler.

La terre rouge est ravinée à chaque pluie fragilisant la stabilité de l’asphalte au fil du temps.

Un poste de douane au milieu de nulle part : régulation de la contrebande, des voleurs, et des brésiliens qui viennent traficoter en France. Conseil nous est donné de ne pas nous arrêter sur le bas-côté.

Nous ne nous sentirons pas en danger ni à l’aller ni au retour… toutefois un homme averti en vaut deux, alors à quatre !!!

Après un déjeuner de poisson du fleuve, le « torche » qui ressemble parait-il à une anguille, nous embarquons sur une pirogue à moteur. De l’autre côté de l’Oyapock, le Brésil.

Une quinzaine de minutes sont nécessaires pour remonter le fleuve jusqu’à Oyapoque (subtilité orthographique entre le nom du fleuve et celui de ville !). Après avoir quérit  un hôtel et fait viser nos passeports par la police, nous flânons dans les rues. Cette petite ville brésilienne est en effervescence. Les moteurs des pirogues, les va-et-vient des motos-taxi rythment l’après-midi, jusque tard dans la nuit. Sans parler bien sur des voitures sono ; les brésiliens en raffolent, et c’est une surenchère de décibels accrochés aux galeries ou plongés dans les coffres.

Une fête foraine s’est installée à côté du stade sur la grande place. Ce soir c’est la fête des enfants avant tout. Les manèges sont essentiellement à leur intention, même si le tir à la carabine permet aux papas de patienter.

Barbecue, musique, feu d’artifice (enfin presque) et pétarades… notre soirée se termine par une balade sur les chemins de traverse. La rive française est juste magique, éclairée par la lune et renvoyant dans un écho profond les explosions des pétards.

Dimanche 25 décembre : joyeux noël ! Une sono déverse ses derniers tempos, les poubelles en hauteur se sont remplies, les piroguiers font la grasse matinée, aujourd’hui le travail sera de courte durée.

 

Nous quittons le Brésil et reprenons la route en sens inverse.

Le piroguier m’explique l’organisation en coopérative des deux compagnies présentes sur le fleuve. Chacun paye un droit d’entrée annuel et exploite librement une pirogue après l’avoir équipée d’un moteur… Un gain mensuel de 1000 euros semble être la moyenne.

Je passe sur le déjeuner à Cacao, au moins la route est belle !

 

Kourou : ville blanche qui n’existerait pas sans arianne, autant dire qu’elle ne présente aucun intérêt ! Nous faisons un petit tour sur les petits pontons de la petite marina et… nous reprenons la route en direction de St Laurent du Maroni.

Le Maroni est l’autre fleuve frontière qui sépare à l’ouest la Guyane et le Suriname.

La nationale est toujours en bon état, mais c’est aussi un cimetière ; les petits singes noir et autres petits animaux comme les tatous paient un lourd tribu, ce sont les hérissons de la métropole.

 

St Laurent dénote avec les villes que nous avons déjà traversées. On se sent un peu plus en Afrique. C’est l’une des premières citées à avoir « accueilli «  les bagnards, nous irons un peu plus tard dans le camp de la transportation.

Mais pour l’heure un petit tour de pirogue nous permet de rejoindre le Suriname.

Façades peintes de réclames, chargements de camions bancales, effluves de marijuana (il est 10h00 !) et aussi une certaine agressivité plane dans l’air. Nous ne trainons pas de ce côté de la frontière.

Au milieu du fleuve une île recouverte d’une végétation très dense : en fait en s’approchant, nous découvrons une épave.

 

Ce soir c’est nuit au carbet dans le village amérindien de « terre rouge » : à vos hamacs !

Le carbet est un refuge typique qui permet de tendre sont hamac sous un toit de feuilles de palmier. Les sanitaires sont à disposition et parfois comme chez Bénédicte le diner et le petit déjeuner y sont possibles.

Bénédicte nous prépare du « jamais goutté » (en fait pour nous c’est la deuxième fois que nous dégustons ce poisson) en provenance directe du Maroni, accompagné de cassaves qui sont des galettes de manioc.

En forêt le hamac est indispensable, en carbet il demeure le moyen le plus économique (5€), mais franchement, côté confort… on n’a plus 20 ans !

 

Apatou est la dernière ville desservie par la route. Il y a encore deux ans ses habitants empruntaient la pirogue pour se rendre à St Laurent : 2 heures de fleuve troquées contre ¾ d’heure de voiture : Merci au préfet Vignon !

Ca ne s’invente pas, à 7000 Km de Greignac…

La route apporte du confort et aussi les gendarmes : plus question de conduire sans permis comme au temps de la piste.

Ce qui est vrai en ville est encore plus visible ici ; les gens vivent petitement, avec le système D. Le fleuve fourni le poisson bien sûr, certains cultivent le manioc sur les terres brulées des « abattis », les fruits poussent partout… les hommes chassent le caïman, le cochon de bois (takaipa) ou l’iguane … personne ne souffre de la faim. Cependant le travail ne court pas les rues, les travailleurs non plus et la France a inventé un super truc bien à elle : la CAF. N’allez pas à la poste entre le 1er et le 8 du mois : la foule des « cafistes » et autre « rsa » ne laisse place à personne car c’est jour de paye !

Le bébé caf est un fléau. Une jeune femme de 30 ans est déjà mère de 15 enfants ! A peine croyable ! Le travail des acteurs sociaux est bien long et difficile, comment refuser ces centaines d’euros donnés si facilement.

 

C’est au départ d’Apatou que nous allons remonter le fleuve en compagnie de Max, un jeune piroguier. Pas de photos de cette ballade magique car la pluie nous a accompagnée presque tout du long. Il est dit que cela devait se vivre avant tout.

Le fleuve est vraiment magnifique. La pluie a » rafraichi » l’atmosphère et l’eau nous parait très chaude. Au loin, perchés au plus haut de la canopée, on devine 4 toucans. Sur une île, nous découvrons un polissoir amérindien : les hommes venaient ici façonner les lames de leurs outils. Une multitude d’entailles ici et là garde la mémoire de ce long travail.

Max nous fait gouter du pois sucré. Un fruit prisé pour son gout sucré et que l’on suce pour tromper la faim. Plus loin sur une autre île, un carbet en cour de rénovation… l’idée d’une nuit au milieu du Maroni nous séduit… une autre fois peut-être !

Les piroguiers sont des pilotes émérites qui maitrisent les dangers du fleuve : sauts (dénivellations), rochers affleurant qu’on découvre au dernier instant, courants… autant de pièges à déjouer dans des embarcations chargées de plusieurs tonnes. Seul moyen de transport, les pirogues convoient tout ce qui est imaginable : meuble, électroménager, provisions alimentaires, bidons de gasoil, Max nous raconte comment charger un 4x4 à cheval sur 2 pirogues…

Pour finir cette après-midi, il nous conduit au pied de « l’arbre sacré ». L’arbre Fromager est respecté ou craint selon les croyances, ce qui le rend intouchable. Du haut de ses 60 m il surveille et protège l’homme qui s’interdit de l’abattre.

 

 

 

 

Après le fleuve, c’est la forêt qui nous accueille.

Lorsqu’on quitte la nationale pour rejoindre St Laurent, une piste nous conduit tout droit au gîte Moutouchi (espèce d’arbre). Un couple de métro s’est installé il y a 11 ans. Avec leurs deux enfants ils vivent au milieu d’un décor fantastique. Ils ont construit deux maisons fort agréables, dont l’une accueille les touristes, plantées au cœur d’un jardin tout en couleur, en fleur et en fruit.

Juste derrière le gite un layon nous laisse pénétrer la forêt primaire.


pour l'ambiance sonore : 

 

 

Le son est certainement ce qui marque en premier lieu. L’épaisseur aussi de cette nature abondante où certaines espèces se perdent dans des méandres impossibles pour aller puiser un rayon de soleil.

Nous attendrons le lendemain matin pour voir les petits singes sauter d’arbre en arbre, se laissant littéralement tomber dans les branches basses et s’évanouir dans ce ventre végétal pour la journée.

Un réveil au chant des oiseaux et des perroquets, au cri des singes, dans une humidité nocturne qui se dissipe avec les premiers rayons de soleil… il est 8h et déjà il fait chaud, un colibri butine les fleurs d’hibiscus.

Le groupe électrogène se met en route pour 2 ou 3 heures. Bien qu’une installation de panneaux photovoltaïques donne un rendement suffisant pour alimenter le réseau d’éclairage et les frigos, le groupe permet de pomper l’eau de la source (30m) et de remplir les 2 cuves de stockage. Cela permet aussi de faire tourner une machine à laver le linge, cuire un rôti au four…

 

Notre voyage tire à sa fin. Nous prenons la route en direction de Kourou, avec un petit crochet par Awala-Yalimapo à l’embouchure du Maroni.

Puis visite du centre spatiale guyanais. Un retour au monde moderne brusque, ce qui donne encore plus d’ampleur à cette aventure extraordinaire qu’est la conquête de l’espace.

Notre petit tour de Guyane s’achève à la marina de Dégrade de cannes à quelques kilomètres de Cayenne. Désolation ! Un tel laisser aller nous abasourdis. Quelques bateaux amarrés aux pontons se meurent. Bien qu’habités, il semble sans plus d’espoir de remettre les voiles. Une méditation sur le sens du voyage à venir et sur sa chute…

La route des plages nous permet de mettre de côté ces tristes images.

La côte est belle et fleurie, l’air de l’océan comme une invitation.

 

Nous passerons le réveillon à 11000 mètres d’altitude, quelque part au-dessus de l’Atlantique.

Une année 2011 qui prend fin sur une belle parenthèse.

Un avant-goût de ce que nous espérons vivre à bord de Papyrus en 2012.

 

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