Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

De Las Palmas à Dakar (6 au 12 nov. 12)

12 Novembre 2012 , Rédigé par a bord de papyrus Publié dans #2012, #Traversées

Album photo Traversée Canaries Sénégal

depart-de-Las-Palmas.jpg

Départ peu avant midi sur une mer belle. Nos deux passagers s’acclimatent tranquillement, même si Mathieu semble avoir quelques difficultés avec son estomac.
Un petit bain en pleine mer rafraîchit et décontracte.
Malheureusement, le premier quart que nous faisons Mathieu et moi marque le commencement d’une longue série « d’appâtage » de poisson. Il n’arrivera pas à conserver un seul repas pendant 4 jours malgré les bracelets anti mal de mer, les huiles essentielles, puis les médicaments traditionnels…
Toutefois, la navigation se déroule bien et nous trouvons tous nos marques assez vite. Nos jeunes plein de volonté et d‘envie de participer à la vie à bord constatent cependant très vite leurs difficultés à s’amariner. Bien que plus facile pour Lisa, elle ne peut rester enfermée dans le carré. Heureusement pour ma part et malgré mes craintes tout va bien et je peux épauler JB côté cuisine.
De fait, nous assurons tous les deux les quarts de nuit, laissant les jeunes en veille de jour pendant nos petites siestes récupératrices.
Un florilège de poissons volants nous régalent les yeux chaque jour. Petite déception, nous ne saurons jamais ce qui se cachait sous l’aileron qu’aperçoit Mathieu à quelques dizaines de mètres du bateau.

 

3ème nuit
JB me transmet les consignes pour ma prise de quart, rien de bien méchant, le cap, l’état de la mer et du vent et un point sur les éventuels navires alentours. Un certain BGP Prospector, cargo de près de 300m à manœuvre réduite, se trouve devant nous ainsi que 2 autres navires plus petits de 35m, Octopus et St John.
Ce sont évidemment nos instruments qui nous donnent ces infos : vive la technologie !
Sur le pont, nous observons tous les deux ces dits navires un peu particuliers.  Octopus possède un gyrophare et ne semble pas avoir un cap précis, on dirait même qu’il fait des ronds dans l’eau.
En se rapprochant, BGP Prospector semble vraiment énorme, tout en lumière. Puis deux énormes projecteurs nous prennent en tir croisé. Nous comprenons qu’Octopus et St John accompagnent BGP Prospector et lui ouvre la route et le protège. Nous devons les intriguer aussi petit que l’on soit à leur côté. JB répond d’un coup de projecteur et nous allumons toutes les lumières à dispo sur le pont. Nous sommes au large de la Mauritanie, pas question de jouer à cache-cache !

Dans la journée les conditions météo sont bonnes, un vent de nord-est nous pousse vers le Sénégal, nous marchons plutôt bien. Et puis progressivement le vent forcit, la mer se forme. Très vite nous nous retrouvons chahutés par une houle de ¾ arrière. Lorsque Papyrus se retrouve au sommet d’une vague et qu’il part au surf de travers, nous sommes propulsés à 9, 10, 11 nœuds, parfois 12 malgré deux ris dans le génois.
Nous réduisons encore jusqu’à ne laisser qu’un torchon de voile qui nous tire pourtant encore à plus de 8 kn.
Les vagues qui déferlent sous les ailes de Papyrus provoquent un son de tonnerre et c’est dans ce fracas où quelques assiettes volent, que chacun notre tour, nous finissons par dormir d’un sommeil profond. Le cerveau humain est si bien fait que je me retrouve dans une bulle étanche comme si je n’étais plus à bord !

 

Samedi 10 nov. 12
Après une vingtaine d’heures dans des creux de 4 à 5m par 30/35kn (environ 60km/h), JB a vu 39 affiché lors d’une rafale, le vent se stabilise dans les 20/25kn et la houle baisse de moitié. Subsistent quelques trains de vagues d’un bon 4m.
Contents d’avoir enfin cessé de jouer « orangina, secouez-moi ! » nous félicitons Hugo d’assurer comme une bête. Notre 3ème homme à bord travaille sans relâche depuis 4 jours.
Evidemment à ce moment-là un petit « Bip, Bip, Bip » retenti dans le cockpit. Hugo ne manœuvre plus !
« Mon Amour, il faut que tu prennes la barre !!! »
JB passe la tête dans le puit de safran et constate que le vérin du pilote s’est désaxé, ou plutôt que son axe s’est rompu et de fait le vérin s’est arraché de ses fixation et ne tient plus que par magie.
Pendant ce temps un cargo apparait devant nous. « Mathieu, prends les jumelles et donne-moi la direction de ce navire ! » Heureusement pour moi il échappe sur bâbord, je ne me sentais pas très à l’aise à l’idée d’une manœuvre avec les jambes de JB dans le secteur de barre.
Lisa en assistance caisse à outils, mon Amour assure une réparation en 30 ou 40 minutes. Ouf, je lâche la barre, les épaules contractées…
Nous effectuerons des quarts par tranche de 30min pour économiser Hugo convalescent.
Lisa et Mathieu se révèlent de très bons barreurs, ce qui est de bon augure si par malchance nous devions passer les prochaines 48h à suppléer Hugo. Mais c’est un coriace et JB un bon médecin !

Pour les oiseaux de mer, hirondelles, mouettes, c’est grand festin ce samedi soir : des bancs de poissons frétillent en surface, il n’y a qu’à ouvrir le bec.

 

Dimanche 11 nov. 12
Durant la nuit notre route nous a rapprochée des côtes africaines et Papyrus s’en trouve empourpré. Les vents de nord-est l’ont recouvert d’un voile fin de sable saharien.
Le vent c’est enfin calmé pour redonner dans les 20kn. La mer aussi est moins importante mais beaucoup plus hachée en début de matinée, puis fini par s’étaler et reprendre ses longues ondes typique de l’Atlantique.
Cette dernière journée est ensoleillée, la chaleur est revenue et nous passons la journée dehors. Exit les vestes de quart, pantalons et polaires !
Nous ressortons les lignes de traine de bon matin avec la sensation d’une prise possible.
Sans tarder, les garçons remontent un thon de 7 ou 8kg. Darne de thon grillées ce midi, carpaccio ce soir. Il reste 3 filets pour demain !
C’est au tour des poissons volants d’approcher les humains : deux « exocets » atterrissent dans le cockpit, l’un d’eux tombant jusque dans la cabine arrière, puis un sur le flotteur bâbord et un dernier sur Mathieu. Rassasiés de thon nous les rejetons à l’eau où d’autres prédateurs les attendent.
Dernière nuit. Ce soir nous ralentissons Papyrus pour arriver au petit matin à Dakar. Atterrir de nuit avec les risques dus aux pécheurs et leurs filets, pirogues et autres bateaux non signalés, ne nous tente pas du tout !
Les lumières de la capitale sénégalaise au loin forment un halo dans le ciel. Dakar n’est plus très loin !

 

Lundi 12 nov. 12
6h du matin. Devant Dakar, il fait 28°C. La chaleur est moite sous le tropique du cancer. Les effluves boucanées de l’Afrique envahissent l’atmosphère. Les fragrances poivrées titillent les narines. Le jour se lève vers 7h est nous nous approchons de l’ile de Gorée que nous contournons pour mouiller dans la baie de Gorée, devant le club de voile de Dakar. Il est 9h30. 868 milles nautiques parcourus.

Aujourd’hui c’est fête : nous allons rejoindre Roxane et Jérémy !

Un grand merci, des baisers en pagaille à notre fée météo Ludivine qui nous a accompagné tout au long de cette traversée. Te savoir avec nous n’était que bonheur et baume au cœur !

Ils l’ont fait, c’est leur première traversée. Nous avons pas mal échangé avec ces deux aventuriers dont l’expérience de vie autour du monde est déjà très riche. Voilà leurs impressions :


Lisa

Lisa
- Votre transmission a vraiment été sensas dès notre arrivée. Nous ne connaissions rien et vous nous avez mis en confiance, en sécurité. Vous nous avez expliqué plein de chose. Très heureuse d’avoir partagé ça avec vous.
Il y a eu une bonne période de doute avec Mathieu, car on ne savait pas ce qu’on aller pouvoir partager avec vous de notre côté. Car nous arrivions avec plein d’envie et d’énergie vitale et de  bonne volonté. De ce point de vue vous avez été sympas de nous mettre à l’aise. J’étais mal de ne pas pouvoir assumer à l’intérieur du bateau. Ensuite ça s’est amélioré.
C’est une belle expérience pour moi de voir votre vie de couple, ça m’a fait plein de gaité au cœur. Avec ce qu’on a vécu ça aurait pu être chaud.
J’ai plein de bonnes ondes de contemplation, d’énergie qui circule sur le bateau. C’est du bonheur. En même temps, au premier feeling j’avais vu qui vous étiez et on voulait partir avec vous.
Et du coup, grâce à vous, on a vu ce qu’on valait sur un bateau : pas grand-chose ! (rires)
Heureusement que c’  était avec vous. Et on l’a pas vécu dans le stress.
Merci mille fois de nous avoir accueillis. Je repars avec un nouveau savoir, enrichie de tout ce que vous nous avez transmis humblement de la voile et de la vie de tous les jours.

 

MathieuMathieu
- Je suis parti un peu comme d’habitude sans peur et « tout va bien se passer ». Même si je savais pas comment j’allais tenir côté physique, mal de mer.

A votre contact, avec Lisa, on a vraiment senti quelque chose et on s’est dit « on a trop envie de partir avec eux ! » Et c’est drôle la façon dont c’est arrivée. On cherche un « ovni »(bateau alu de voyage) avec un blond à bord et on tombe sur vous. Y’en a qui cherche pendant 3 semaines, et nous hop, on arrive et voilà… !
On embarque et puis…j’ai eu le mal de mer. Je me suis pas senti jugé et je vous remercie beaucoup pour ça. Je pensais pouvoir faire des choses, mais bon.
L’expérience de la mer c’est quelque chose de fou. Je regarde l’horizon pendant des heures sans m’emmerder, avec des poissons volants qui sautent tout le temps.
Hier un niveau de fatigue incroyable vu que j’ai vomi tout ce que j’ai mangé depuis le départ ! Perdre la sensation de mon côté gauche, je n’avais jamais vécu mais en même temps c’est une découverte physique.
Pour la suite, je pense que je pourrais faire une autre traversée… ça ira !
Je suis content de voir comment se gère un bateau, c’est très riche… comment se comporter à bord…
Côté humain, on nous a dit : »sur un bateau on est les uns sur les autres, les couples ça clache », mais pas ici bien sûr.
Je remercie la vie de la chance d’avoir vécu ça avec vous ! Merci.

Partager cet article

Commenter cet article

Fabienne 14/11/2012 20:37

La lecture du récit fut magique...

anna (mère de lisa) 13/11/2012 23:48

Hello à l'équipage ! Merci de nous partager votre merveilleuse épopée!! C'est décoiffant de vous filer le train au fil de vos aventures!!! Merci à la vie d'avoir mis nos chères têtes blondes sous
vos voiles ;-) Qu'Eol et Neptune veillent sur vous!!!!

Ludivine Clavel 13/11/2012 14:38

En fait c'était purement intéressé !! comme ça ça me permettait d'avoir de vos nouvelles tous les jours !! ;)
On est super fiers de vous ! mais vous nous manquez !
Des bisous.
Ludi

Marc CLAVEL 13/11/2012 14:27

Copieur !!! Le coup du vérin nous l'avons déjà fait un peu plus au Nord mais nos talents médicaux ne fonctionnait pas avec un pilote !!
De tout coeur avec vous,
Enormes bises,
Le Marc de la Ludivine

Téou 13/11/2012 11:56

Félicitations à vous tous.
Belle mise en jambe que de descendre vers le Sénégal et les îles du Cap Vert.
Papyrus n'est pas très capricieux et a l'air de filer comme une bête. Nous sommes loin de vos vitesses sur notre mono.
Un bisou de la France sous un climat gris et froid...Brrrr!

Les Téou.